Geert Hoornaert – Les révolutions nihilistes 9


Je suis retombé récemment sur un texte de Geert Hoornaert, préparatoire au Congrès de la NLS qui a eu lieu cette année à Genève. L’auteur y revient sur les attentats de Charlie Hebdo puis de l’hyperkasher à Paris, en janvier 2015, pour les mettre en série avec d’autres moments tragiques de l’histoire et en dégager une certaine logique. Car tuer l’autre, on peut en trouver toutes sortes de justifications… Mais pourquoi se tuer soi-même dans le même mouvement?

Il me semble que les événements de ce week-end à Paris peuvent y trouver un éclairage. 

 

Hoornaert - Révolutions nihilistes - Kring

 

 

 

Print Friendly, PDF & Email

9 commentaires sur “Geert Hoornaert – Les révolutions nihilistes

  • Nicolas

    Ok pour la préparation… Mais pour passer à l’acte le jour J, ils devaient être vachement bien défoncés pour assumer le fait d’appuyer sur leur dernier bouton… Enfin, si on en croit les articles sur les seringues retrouvées (et leur possible utilité) ou le reportage suivant…
    Perso, je n’ai jamais rencontré de nihiliste (enfin, je ne pense pas !) mais faut pas non plus oublier que certains de ces braves gamins vivaient de trafics de stups avant (ce qu’on appelle plus communément dealer !) et on été déjà condamnés.
    Alors, est-ce la drogue qui les a amenés à côtoyer certains milieux ou est-ce certains milieux qui sont venus à eux via ce canal ?

    http://www.rtbf.be/info/societe/detail_le-captagon-cette-drogue-qui-fait-oublier-la-peur-aux-djihadistes?id=8987588

  • Jonathan Leroy Auteur du billet

    @Nicolas La drogue a toujours été utilisée à ces fins, rien de nouveau. L’héroïne tire son nom de là (on devient… héroïque!) et tire son succès premier de son usage pour les soldats lors de plusieurs guerres.
    => https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9ro%C3%AFne

    Après, il est sûr que le recrutement se fait plus facilement chez des personnes subjectivement égarées, ce qu’on peut retrouver en effet chez certains dealers (pas tous!) qui se retrouvent à faire de mauvaises rencontres. Daesh fait partie de ces nihilistes qui ont un discours suffisament puissant pour “agrafer tout l’univers mental d’un sujet, suppléant ainsi au trou béant de sa psychose”, comme dit JA Miller (http://jonathanleroy.be/wp-content/uploads/2015/09/Jam-Le-th%C3%A9%C3%A2tre-secret-de-la-pulsion-Lepoint.pdf).

    Maintenant, ne nous y trompons pas: la drogue permet de suppléer à un manque de “courage” ou d’une certaine forme “d’héroïsme”, mais c’est bien le discours lui-même -celui de Daesh et de qq autres- qui rend l’acte horrible possible, qui le rend même indispensable pour eux au point d’en mourrir.

  • Eve

    C’est exactement à cet endroit, pile, au millimètre, comme jamais si bien pointé, que JE N’ARRIVE PLUS DU TOUT AVEC LE JARGON DE LA PSYCHANALYSE !!!!!! On ne peut pas dire en français comme tout le monde qu’il préfère la mort des autres à sa propre vie?????

  • Jonathan Leroy Auteur du billet

    @Eve L’auteur dit autre chose il me semble. Ce n’est pas la mort de l’autre plus fort que leur propre vie, pour lui c’est même leur propre vie qui est visée en fin de compte. Ce n’est pas seulement la mort de l’autre qui est visé dans certains meurtres: l’auteur cherche ici ce qui de/dans l’autre est visé. Il se réfère au “kakon”, un terme du psychiatre classique Guiraud qui désigne la propre maladie du sujet, le mal qu’il vise dans l’objet qu’il frappe et qu’on peut référer au Ça freudien ou à l’objet a lacanien. Cette logique peut expliquer le sentiment de libération ou de soulagement que ressentent certains sujets lors du passage à l’acte, tout comme ce témoignage de certains sujets meurtriers qui confient après-coup qu’il n’ont pas vraiment su s’ils devaient tuer l’autre ou se frapper eux-même. C’est cette logique qui est à l’œuvre dans le cas Aimée étudié par Lacan ou dans le cas des suicides altruistes du mélancolique.

    J’en ai dit un mot dans le texte sur le tueur en série Donald Harvey (dans la partie “À la recherche du véritable objet du crime”).
    =>http://jonathanleroy.be/2015/07/la-fonction-du-crime-chez-un-serial-killer-le-cas-harvey/

  • Nicolas

    Moi, il y a a une question que je me pose…
    Perso, j’ai lu les articles que tu as publié ci-dessus et d’autres que tu as publié via ton blog (je ne les ai pas tous lus : j’avoue 😉 )
    Je n’ai pas tout compris tout de suite mais j’ai quand même fait “l’effort” de faire d’autres recherches sur internet pour essayer de comprendre (et au final, je ne suis pas encore certain d’avoir tout pigé, peut-être parce que ce n’est pas du tout mon domaine de travail ! 😉 )
    Bref ! Voilà ma question :
    Quand vous (toi ou d’autres psychologues) êtes face à un “sujet” et que vous utilisez tous ces termes pour essayer de trouver un “sens” à leurs actes, êtes-vous sûrs que les “sujets” comprennent réellement ce que vous lui dites ??!
    Dixit quelqu’un qui veut comprendre mais qui n’a jamais été suivi mais qui connais quelqu’un qui connais quelqu’un ! 😉

  • Nicolas

    @jonathan-leroy Impeccable ! En fait, je ne le voyais pas comme ça… C’est beaucoup plus clair maintenant !

    Merci pour ta réponse. Je vous dois combien docteur ??! :p

  • Jonathan Leroy Auteur du billet

    @Nicolas Il y a plusieurs choses dans ta questions, elle est complexe…

    1) On ne cherche pas le “sens” de leur acte, on cherche plutôt à y trouver la logique, la cause. Or, la cause peut être (et est souvent) hors-sens. Nous cherchons la logique du passage à l’acte pour, notamment, voir si on peut trouver une alternative pour le sujet, voire intervenir avant le passage à l’acte (j’ai encore dû “mettre en obs” un patient hier qui était sur cette pente dangereuse expliquée dans l’article.

    2) Quand on est face à un sujet, on n’utilise pas “tous ces termes”. Je parle de forclusion ou d’extraction de l’objet à mes collègues, pas à mes patients. Le “jargon” existe dans toutes les disciplines un peu sérieuses et sert ici à se parler plus efficacement entre psy (un concept qui tient en un mot demande parfois des centaines de pages de développement ; le concept est donc une condensation, une réduction qui permet de ne pas devoir en passer par toutes ces pages).

    3) Le rôle du psy n’est pas de donner au patient notre explication de ce qui se passe, mais que le sujet puisse entendre ce qu’il dit lui-même et prendre toute la mesure de ce qui lui arrive. C’est plutôt lui qui parle, alors que le psy, lui, ponctue. Il ponctue pour rendre lisible.

    4) C’est dire aussi que que dans mes ponctuation ou interprétations (qui ne sont donc pas des explications), je ne vise pas forcément une compréhension… Parfois, le sujet ne comprend pas “ce qu’a dit le psy”, mais ça ne veut pas dire que c’est sans effet.

    Est-ce que je réponds un peu à ta question? :)