À quoi ressemble la journée-type d’un psychologue en prison ?


Vous êtes nombreux à m’envoyer vos questions via le formulaire de contact du blog, suite à mon passage sur Rue89 ou bien sur Twitter. Je reçois plusieurs e-mails par semaine, parfois par jour, et je n’ai malheureusement pas le temps d’y répondre systématiquement. Certaines questions reviennent souvent : Quelles études ai-je suivies ? Quelle spécialisation ai-je choisie ? Comment devient-on psy en prison ? Quel est le rôle d’un psychologue en prison ? Je lance donc cette nouvelle rubrique : Vos questions

Entrée

“A quoi ressemble une de vos journées-types ?”
(Eileen, étudiante en psychologie à Strasbourg, via Rue89)

Je vais en général le matin en prison. Ma journée commence donc à « l’accès », où je donne ma carte d’identité en échange d’un badge d’identification. J’y remets la liste des détenus qui ont demandé à voir un psychologue (la liste sera envoyée au Centre de la prison, qui gère les allées et venues des détenus). Après avoir laissé mes affaires métalliques et électroniques dans un casier, je peux passer le portique de sécurité. Il y a 7 ou 8 portes, qu’un gardien doit nous ouvrir, avant d’arriver enfin aux parloirs « sociaux ». Les détenus m’y sont envoyés un à un par le Centre. Cela peut mettre énormément de temps, j’attends souvent une vingtaine de minutes et parfois plus d’une heure entre le départ d’un détenu et l’arrivée du suivant. Le temps de lire, écrire, discuter avec les collègues ou préparer mes réponses à vos questions (que j’ai imprimées, car je ne dispose pas d’ordinateur dans les parloirs)!

Les parloirs de la prison de Forest font 3-4m2 et sont composés d’une petite table et de deux chaises (et de boites d’œufs au plafond pour réduire l’écho). Il y a aussi un petit ventilo pour brasser un peu la chaleur en été (les fenêtres aussi sont condamnées). Les conditions d’entretien à la prison de St-Gilles sont pires : une dizaine de tables sont disposées le long d’un grand couloir qui résonne, chaque table étant séparée par un petit plexiglas transparent dont je n’ai toujours pas compris l’utilité. Heureusement, je dispose depuis peu d’un local dans une aile de la prison, c’est mieux pour la confidentialité.

Après-midi : entretiens sur rendez-vous aux bureaux de l’association, à l’extérieur de la prison (détenus en congé pénitentiaire ou bien libérés sous mesure de surveillance électronique ou conditionnelle).

Selon les jours, il faut ajouter les réunions organisationnelles dans mon association (nous sommes une équipe de 9, soit un coordinateur, 6 assistants sociaux, un secrétaire et moi-même) ou avec d’autres associations du secteur. Il y a aussi des réunions cliniques (études de cas), supervisions individuelles ou collectives, formations, etc. Et des activités créatives à l’annexe psychiatrique de la prison de Forest, et avec les droits communs à la prison de Saint-Gilles.

 

 Voir les détenus...

 

Précédentes questions:
Sur quelles prisons travailles-tu?
Quelles sont les qualités personnelles nécessaires pour exercer votre métier?
Quelle études avez-vous faites pour devenir psychologue en prison ? Et quel a été votre parcours professionnel?

 

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