Vous m’avez posé vos questions…


Bienvenue dans la Foire Aux Questions !

Vous êtes nombreux à m’envoyer vos questions via le formulaire de contact du blog, suite à mon passage sur Rue89 et sur Twitter. J’y réponds en général par mail, mais comme certaines questions reviennent souvent et qu’il serait dommage de ne pas en faire profiter la communauté, je vous posterai mes réponses ici, régulièrement par lot de 5.

Boulet - question

BouletCorp

 

Les questions de janvier 2017

 

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre travail ?

Les surprises! Et j’essaye que chaque rencontre en soit une, car impossible de savoir qui sera en face de vous, ce qu’il va vous dire, comment il va réagir à vos interventions. 

Bon, pour pouvoir être surpris, il vaut mieux éviter ce qui peut faire écran, comme les questionnaires et autres tests dont certains psy sont friands.

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Qu’est-ce qui vous a motivé dans le choix de votre profession ?

J’ai toujours trouvé les gens « bizarres ». Ce qui n’a pas provoqué chez moi de rejet de l’autre, mais un questionnement qui ne s’est jamais tari sur la manière de fonctionner de l’autre. L’humain me fascine, dans ce qu’il a de plus beau (l’art, l’acte véritable, …) comme dans ce qu’il a de pire (le meurtre, la guerre, ces modes de destruction qui ne se trouvent que dans notre espèce). C’est dans « le pire » comme dans « le beau » que je cherche des réponses à mes questions.

Une citation qui me parle : « On ressent plutôt chez les psychanalystes une proximité, une affinité, une sympathie avec ce qui est exclu ou raté, voire paumé. On trouve chez eux, comme disait Lacan, une marque… celle du rebut. » (JA Miller)

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Quels sont, selon vous, les avantages et inconvénients de votre métier ?

Avantages : être continuellement surpris par les situations et la façon dont les sujets qu’on reçoit répondent à ce dans quoi ils sont pris. On apprend tout-le-temps, on s’ennuie rarement !

Inconvénients : le manque de réponses sociales à certaines manifestations cliniques, surtout pour les sujets les plus égarés ou les plus violents. Le manque de places en institution font que ces dernières sont très exigeantes à l’entrée, il faut que le patient corresponde au projet thérapeutique, ce qui est loin d’être toujours le cas.

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Quels conseils donnerez-vous à un étudiant de première année qui veut se lancer dans le métier, dans les études pour exercer votre profession ?

Faites de votre métier une passion, lisez ce qui vous intéresse (cherchez dans un premier temps dans des revues les plus diverses possibles, trouvez une orientation voire un auteur qui vous parle), postulez dans le plus grand nombre d’endroits possibles, et si vous ne trouvez pas, faites des stages en institution pour vous fabriquer une expérience.

Idées de ((très) bonnes) revues: La Cause du Désir (anciennement « Revue de la Cause Freudienne »), Quarto, Mental (revue de l’eurofédération de psychanalyse), CourtilEnLignes (anciennement « Les Feuillets du Courtil »)…

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J’aimerais savoir pourquoi un détenu fait appel à un psychologue ? Par conscience ou début de conscience du délit qui l’a amené en prison ?

La première raison de s’adresser à un psy en prison, c’est pour régler un problème -celui-ci peut être lié à ce qui a mené en prison, aux faits et à une prise de conscience, ou à une difficulté liée à la détention. Souvent, c’est la répétition des incarcérations qui suscite ce questionnement : « Pourquoi à chaque fois que je sors je suis persuadé de ne pas récidiver, et là je me retrouve pour la xième fois en prison ? » Pour d’autre, c’est plus un questionnement du type « j’ai eu raison de commettre ce délit, je ne pouvais pas faire autrement… » qui amène à un « mais oui au fait, comment faire autrement ? »

La deuxième partie des demandes qui me sont adressées sont liées à la contrainte : « je vous ai contacté parce que mon avocat a dit qu’on m’imposera un suivi psychologique à ma sortie »… Il n’y a alors à priori pas de demande. J’ai pu constater que parfois les entretiens imposés ont un effet de « symptômatisation » : en reprenant le parcours de la personne, en mettant le doigt sur ce qui se répète, une difficulté ou une souffrance peut apparaître, et donc une prise de conscience et l’envie de changer.

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Les questions de novembre 2016

 

Que pourriez vous dire de votre « lien » avec la Justice ? Comment en tant que psychologue pouvez vous intervenir dans le domaine judiciaire ?

Je travaille dans une association indépendante de la Justice. Je suis soumis au secret professionnel, donc je limite au maximum mes contacts avec la justice. 

Il arrive néanmoins que j’aie des contacts avec l’assistant de Justice (chargé de vérifier le respect des conditions), dans des cas difficiles.

Plus récemment, je me demande comment mon expérience pourrait aider la Justice, par exemple les magistrats. La psychanalyse offre une grille de lecture puissante pour déchiffrer les passages à l’actes, et je vois bien que souvent les magistrats sont un peu perdus, et les expertises psychiatriques n’apportent pas grand chose à la compréhension de l’acte délinquant.

 

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Y’a t il quelque chose de particulier qui vous a donner envie de travailler dans le milieu carcéral ?

La question du pire.

Je me questionnais depuis tout petit sur les camps de la mort. La révolution sous Ceausescu m’avait aussi impressionné, comment et à quelles conditions un peuple se lève pour dire stop à la dictature.

Puis, à l’adolescence, j’apprends qu’un élève en a tué un autre dans l’école où travaillait ma mère. Une amie m’a fait remarqué que je parlais surtout de l’auteur du meurtre (pourquoi a-t-il fait ça, quel est le rôle de sa famille, la responsabilité de l’école qui n’a pas pris au sérieux les signes d’alerte…) et peu, en fin de compte, des victimes.

Après, j’ai hésité à faire un stage en milieu carcéral mais on m’en a dissuadé (trop dangereux pour moi -j’ai la réputation d’être trop sensible- et puis les détenus ne voient un psy que pour sortir de cellule, c’est bien connu!).

À la sortie des études, j’ai été engagé dans un service d’aide aux détenus complètement par hasard (et par un malentendu!) mais, par contre, ce n’est pas un hasard si j’y suis resté!

 

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Que pensez-vous des prisons norvégiennes ?

Il est clair que les prisons norvégiennes nous étonnent et ça, c’est déjà un progrès ! Quand une personne commet un crime, cela crée un sentiment d’horreur, de colère… et peut donner libre cours à nos propres pulsions agressives dont on voit les manifestations dans certains forums… Le système norvégien va à rebours de ces pulsions agressives envers le criminel, il l’humanise et, en retour, il nous humanise. L’honneur vient à la place de l’horreur.

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De la drogue en prison ?

[Question complète] Je sais qu’il y a énormément de drogues (antidépresseurs mais surtout opiacés divers et variés) qui circulent en prison, en avez vous eu des échos ? j’ai lu divers témoignages de prisonniers qui affirmaient être tombés là dedans en prison, mais qui n’auraient jamais tenu le coup sans les prods, qu’en pensez vous ?

Il y a autant de drogue à l’intérieur de la prison qu’à l’extérieur, dit-on parfois. Cela rejoint mon expérience en tout cas. Les murs d’une prison sont aussi poreux que la peau humaine : elle protège certes, mais permets aussi énormément d’échanges. Les produits stupéfiants passent par les visites, par les gardiens, etc. Il faut bien constater que la drogue est un traitement de quelque d’insupportable, et que ça contribue à calmer certaines personnes… l’usage de drogue rencontre parfois l’intérêt de la prison.

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Comment évolue dans l’ensemble l’état psychologique des détenus entre leur rentrée et leur sortie de prison ?

[Question complète] Comment évolue dans l’ensemble l’état psychologique des détenus entre leur rentrée et leur sortie de prison ? Du mieux, du pire, trop variable selon les cas ?
Et pour ceux qui sont rentrée « bien » psychologiquement et qui ressorte mal , quelle type de séquelles psychologique ils en gardent ?

C’est en effet une des difficulté (et la richesse) du travail de clinicien : c’est au cas par cas, difficile de généraliser. Au mieux, je peux tenter de faire quelques classes. D’une part, il y a ceux qui sont impatients de sortir, de refaire leur vie, qui ne souhaitent plus parler de la prison… et il faut parfois juste orienter cette énergie pour que la recherche de travail, etc. ne soit pas trop dispersée…

D’autres sont complètement détruits par cette expérience, il ne parviennent pas à parler d’autre chose à leur sortie, à investir le monde extérieur. Un sentiment d’injustice prévaut souvent : mal jugés, mal aidés par la suite. Beaucoup regrettent de ne pas avoir été aidés dans leurs difficultés avant la prison. Au niveau des séquelles, c’est très varié aussi : des ex-détenus m’ont parlé troubles psycho-somatiques, d’angoisses en entendant une sirène de police, lorsqu’on ferme une porte, etc.

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Les questions de septembre 2016

 

Quels sont les plaintes que vous entendez le plus de la part des détenus pendant la détention et après la détention ?

Pour les plaintes, elles sont très nombreuses et très variées, cela va des conditions de détention, du système judiciaire (trop lent, injuste), du manque d’aide de la part de la famille, des avocats, des assistants sociaux. Souvent, les détenus se sentent dépossédés de leur capacité d’agir, ce sont leurs avocats qui les défendent, les assistants sociaux qui font les démarches pour eux, ils doivent demander l’autorisation pour la moindre chose au sein de la prison…

Après la détention, les plaintes portent plutôt sur la difficulté de trouver un logement, une formation, un travail… et surtout le retour aux problèmes qui existaient avant leur entrée en prison.

Prison cantine

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Pensez vous que votre boulot porte ses fruits, à savoir aider à la réinsertion ?

Oui, je peux dire que mon boulot porte ses fruits, mais il faut savoir de quels fruits il s’agit ! Parfois ce sont de tous petits fruits, et il faut du temps et de la patience pour les obtenir, mais ça vaut le coup ! Parfois la personne s’insère effectivement, parfois on est déjà content qu’ils aient pu aménager une manière de vivre ensemble un peu moins destructrice…

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Comment est-il possible qu’au 21e siècle on mette encore les « voleurs de pomme » en prison ?

« Qui a volé l’orange ? … » ♪♫

Il faut dire que la prison est une solution peu coûteuse… intellectuellement !

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Qu’est-ce qui génère la violence, l’immigration (comme aimeraient nous faire croire l’oligarchie et par extension leurs médias de masse…) ou la pauvreté ?

Immigration ou pauvreté ? C’est en effet difficile de différencier entre les deux : l’immigration s’accompagne souvent de pauvreté.

Moi, je suis surtout confronté à des parcours individuels. Dans ces parcours, il arrive que l’immigration non-accompagnée soit source de difficulté, surtout quand les seuls repères dans la nouvelle société sont ceux d’un milieu criminogène. Ces jeunes ont surtout besoin d’aide, pas d’être pointé comme potentiels délinquants.

Mais si on veut vraiment trouver un marqueur de la violence, ce n’est pas du côté des origines mais du sexe qu’il vaut mieux chercher: 95% des prisonniers (et ce, dans tous les pays du monde) sont des hommes. Ce sont les hommes, pas les étrangers, le problème.

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Pourriez-vous nous raconter l’histoire de prisonnier qui vous a le plus ému ?

Celui qui m’a le plus ému…

Difficile de répondre, ils m’ont tous ému d’une manière ou d’une autre. Celui qui ne demandait pas d’aide ou ne venait pas aux rendez-vous « parce que je ne voulais pas vous déranger… je ne mérite pas qu’on m’aide ».
Celui qui se débattait avec ses idées suicidaires, l’autre avec ses hallucinations auditives qui lui disaient de tuer (« c’est normal qu’on m’oblige à faire ça ? »).
Encore un autre qui ne parvenait pas à dépasser une décision de justice selon lui erronée (« une erreur judiciaire m’a engendré »).
Celui qui essayait de comprendre pourquoi, dans son pays, des adultes ont fait de lui un enfant soldat, une machine à tuer.
Celui qui se sent en danger, agressé par la moindre manifestation de présence de l’autre, la moindre bousculade dans le métro, le moindre regard, mais qui ne pouvait pour autant vivre seul.
Ceux qui ne comprennent pas pourquoi ils souffrent, qui cherchent à nommer leur mal.

En règle générale, je suis touché par tous ceux qui se débattent avec leurs démons, avec ce qui leur échappe, avec ce qui se répète malgré eux… et qui cherchent à redevenir responsable de leur vie.

« « l’autre avec ses hallucinations auditives qui lui disaient de tuer » : Si je peux me permettre,cela ressemble à des symptomes de skyzophrènie. »

En effet. Mais il trouvait ces phénomènes étranges et énigmatiques et n’a pas osé en parler à l’expert psychiatre. Il ne m’en a parlé qu’après plusieurs mois de suivi, et il n’a commencé à se dire qu’il s’agissait d’hallucinations que bien plus tard encore. Aujourd’hui, il va mieux et s’interroge surtout sur comment faire quand ça lui arrive.

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Les questions d’août 2016

 

« Dans quelles prisons travailles-tu? »

Eh bien, je rends visite aux détenus dans les trois prisons que compte Bruxelles. Elles sont toutes proches les unes des autres, c’est pratique…

À gauche, vous voyez la structure en étoile de la prison de Forest. Elle connait un problème grave de surpopulation : l’année passée, elle comptait plus de 730 détenus pour 400 places, ce qui a entraîné de longues grèves des agents pénitentiaires.

C’est une « maison d’arrêt » : les personnes y sont considérées comme « prévenues » de certains faits. Les prévenus (1/3 de la population carcérale générale) sont présumés innocents mais incarcérés le temps d’être jugés s’il y a de fortes présomptions de culpabilité et en cas de danger pour des tiers (les victimes par exemple), de risque de fuite de la personne ou de falsification des preuves. La prison de Forest possède également une annexe psychiatrique (une centaine d’internés sous le régime de la « Défense Sociale »).

Les prisons de Forest, Saint-Gilles et Berkendael.

 

Lorsque l’enquête est clôturée, les prévenus se rendent à la prison de St-Gilles (à droite) pour attendre leur procès. Parfois plusieurs mois en fonction de la longueur de l’enquête et de l’arriéré judiciaire. Aux dernières nouvelles, la prison contiendrait près de 800 détenus pour 502 place. Il y a également au sein de la prison un centre médico-chirurgical (CMC) de 26 places.

Les deux prisons sont séparées par l’avenue de la Jonction qui tient son nom d’un sous-terrain permettant le passage des détenus de l’une à l’autre. Après l’enquête dans la prison de Forest et le temps du procès à la prison de St-Gilles (donc deux « maisons d’arrêts »), les détenus peuvent être condamnés à une peine de prison: de “prévenus” ils deviennent « condamnés ». Les condamnés sont transférées dans une « maison de peine » (appelée aussi « prison d’attache ») en Wallonie ou en Flandre pour purger leur peine. Il y a actuellement 32 établissements pénitentiaires en Belgique. À cela s’ajoutent 650 places de détention que la Belgique « loue » au sein de l’établissement pénitentiaire de Tilburg aux Pays-Bas.

Plus petite, vous voyez tout à gauche un structure bétonnée : c’est la prison de Berkendael, prison pour les femmes (une centaine de détenues).

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« Quelles sont les qualités personnelles nécessaires pour exercer votre métier ? »

Le Chat de Geluck : je ne suis pas fou

 

J’ai été marqué, au début de ma pratique, par ces deux conseils de Lacan (j’ai oublié où il a dit ça, j’offre un verre à qui le retrouve!):

1) Soyez curieux… 

Pour le  psychologue, contrairement à la maxime, la curiosité n’est pas un vilain défaut!

2) …et ne comprenez pas trop vite! 

Lacan répétait « Si vous avez compris, vous avez sûrement tort! » car, pour lui, on ne comprend jamais que ce qu’on sait déjà. Face aux énigmes de la clinique, croire qu’on a compris, c’est risquer d’y mettre notre sens à nous et donc de boucher l’accès à un sens nouveau, inédit. La position clinique n’est pas celle d’un plus de savoir par rapport au « patient », d’un savoir sur lui, sur son symptôme ou sur la manière de conduire sa vie. Il s’agit plutôt, pour le clinicien, d’un manque de savoir qui cause un désir d’apprendre quelque chose de la rencontre avec l’autre. J’ai nommé mon blog École du Crime pour mettre l’accent sur cette position d’apprentissage. Pour accueillir le singulier et permettre au sujet qui vient consulter de trouver, créer lui-même sa propre solution, il est donc essentiel d’être ouvert à la surprise, à l’inattendu. Ce qui implique d’avoir pu prendre quelque distance avec ses propres idéaux, a priori, envies thérapeutiques, idées reçues… mais aussi avec ceux de la société, de l’institution dans laquelle on travaille, et ceux de la psychologie elle-même (des idéaux bien souvent normalisants/moralisants). Ce processus de déprise des idéaux et du sens commun est d’ailleurs un des effets que l’on peut attendre d’une psychanalyse personnelle.

Plus qu’une qualité, je pense donc qu’un bon départ est d’avoir une ou plusieurs questions qui serviront de boussole dans la pratique. Ces questions ne sont pas toujours clairement énoncées au début d’une pratique. Parfois elles surgissent lors d’un stage, se construisent au fil des rencontres avec la clinique. Je dirais qu’il faut au moins un intérêt pour quelque chose qui a trait à l’humain, mais un intérêt qui se situerait au-delà du simple plaisir de partager, d’être ensemble. À cet égard, il y a une citation qui me parle:

On ressent plutôt chez les psychanalystes une proximité, une affinité, une sympathie avec ce qui est exclu ou raté, voire paumé. On trouve chez eux, comme disait Lacan, une marque… celle du rebut. (J.-A. Miller)

 

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« Quels sont votre formation et parcours professionnel? »
Magritte - Le thérapeute

Le thérapeute (Magritte)

J’ai un diplôme belge, une « Licence en psychologie clinique » (équivalent aux Masters actuels en 5 ans) à l’Université Libre de Bruxelles. J’ai effectué mes deux stages en psychiatrie à l’hôpital Brugmann: l’Unité76 (centre fermé pour adultes en décompensation psychotique, très branché pharmaco) et l’hôpital de jour (plus orienté relationnel). J’ai rédigé mon mémoire avec le professeur Philippe Fouchet sur la fonction du phénomène épileptique dans la psychose.

Ensuite, j’ai passé un DES (diplôme d’études spécialisées) en « cliniques psychothérapeutiques ». Une formation assez généraliste centrée sur les trois principales formes de thérapie: cognitivo-comportementale, systémique et psychanalytique. J’ai accompli cette année supplémentaire parce que je ne me sentais pas prêt à assumer une pratique professionnelle, j’avais besoin d’un peu de bagage supplémentaire à partir d’une position de stagiaire. J’ai opté pour un stage d’un an au centre médical Enaden, qui propose une prise en charge résidentielle dans un lieu de vie communautaire pour des personnes ayant des problèmes liés à la consommation de drogues, alcool, médicaments, qui ont passé la période de sevrage ou qui reçoivent un traitement de substitution stabilisé (méthadone,…). Après le stage, j’y ai été engagé à deux reprises pour des remplacements de quelques mois.

Après un an de recherches infructueuses, j’ai enfin été engagé dans ce petit service d’aide aux détenus et ex-détenus où je travaille depuis huit ans.

En ce qui concerne la formation, je dirais qu’elle est continue et infinie! Depuis ma sortie de l’université (2004), je suis en formation à la Section Clinique de Bruxelles qui dépend de l’Institut du Champ Freudien (étude de la psychanalyse d’orientation lacanienne). Et j’ai parallèlement suivi une formation de deux ans qui s’appelait « Atelier de Psychanalyse Appliquée » (quelles formes pratiques peut prendre la psychanalyse dans une psychothérapie, dans une institution, etc.)

Donc, je n’ai pas dû entamer une formation spécifique pour le milieu carcéral, j’ai appris sur le terrain lorsque j’ai été engagé (fin 2005). C’est peut-être différent pour les psy engagés par la prison, qui doivent utiliser certains outils (testings, etc.) ou répondre à certaines exigences liées à l’administration carcérale. Je me renseignerai. Je dois dire que je me méfie un peu des formations ou techniques dites « spécialisées », qui ont souvent un effet standardisant sur les praticiens (tout le monde fait pareil et on y perd l’ouverture à la surprise). J’ai plutôt opté pour la psychanalyse car elle propose une théorie de la personnalité et un modèle qui permet d’envisager toute l’étendue de la clinique tout en offrant à chaque praticien la possibilité de partir de son propre questionnement.

 

Étudier la psychologie

 

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À quoi ressemble la journée-type d’un psychologue en prison ?

Entrée

Je vais en général le matin en prison. Ma journée commence donc à « l’accès », où je donne ma carte d’identité en échange d’un badge d’identification. J’y remets la liste des détenus qui ont demandé à voir un psychologue (la liste sera envoyée au Centre de la prison, qui gère les allées et venues des détenus). Après avoir laissé mes affaires métalliques et électroniques dans un casier, je peux passer le portique de sécurité. Il y a 7 ou 8 portes, qu’un gardien doit nous ouvrir, avant d’arriver enfin aux parloirs « sociaux ». Les détenus m’y sont envoyés un à un par le Centre. Cela peut mettre énormément de temps, j’attends souvent une vingtaine de minutes et parfois plus d’une heure entre le départ d’un détenu et l’arrivée du suivant. Le temps de lire, écrire, discuter avec les collègues ou préparer mes réponses à vos questions (que j’ai imprimées, car je ne dispose pas d’ordinateur dans les parloirs)!

Les parloirs de la prison de Forest font 3-4m2 et sont composés d’une petite table et de deux chaises (et de boites d’œufs au plafond pour réduire l’écho). Il y a aussi un petit ventilo pour brasser un peu la chaleur en été (les fenêtres aussi sont condamnées). Les conditions d’entretien à la prison de St-Gilles sont pires : une dizaine de tables sont disposées le long d’un grand couloir qui résonne, chaque table étant séparée par un petit plexiglas transparent dont je n’ai toujours pas compris l’utilité. Heureusement, je dispose depuis peu d’un local dans une aile de la prison, c’est mieux pour la confidentialité.

Après-midi : entretiens sur rendez-vous aux bureaux de l’association, à l’extérieur de la prison (détenus en congé pénitentiaire ou bien libérés sous mesure de surveillance électronique ou conditionnelle).

Selon les jours, il faut ajouter les réunions organisationnelles dans mon association (nous sommes une équipe de 9, soit un coordinateur, 6 assistants sociaux, un secrétaire et moi-même) ou avec d’autres associations du secteur. Il y a aussi des réunions cliniques (études de cas), supervisions individuelles ou collectives, formations, etc. Et des activités créatives à l’annexe psychiatrique de la prison de Forest, et avec les droits communs à la prison de Saint-Gilles.

 Voir les détenus...

 

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Quand vous allez rendre visite aux détenus, à quoi ressemblent les formalités ?

Question complète:  Y a-t-il des accréditation, devez-vous laisser votre téléphone au vestiaire, vous faire accompagner par des gardiens ? Et dans quel endroit de la prison les rencontrez-vous, leur cellule, l’infirmerie, un parloir ?

Pour pouvoir travailler au sein de la prison, je dois en effet avoir une autorisation du ministère de la justice, que j’ai obtenue via l’association d’aide aux détenus où je travaille. Cette autorisation est à renouveler chaque année.

À la première entrée en prison, il faut évidemment s’encoder dans l’ordinateur, faire une photo pour créer notre badge. À « l’accès », je donne également le noms des détenus que je souhaite rencontrer. Il n’y a pas de gardien qui m’accompagne, mais il y en a tout au long du parcours qui mène aux parloirs. Ce chemin est parsemé de sas et de grilles à ouvrir, et il faut montrer à chaque étape son badge d’identification.

À la prison de Forest, je rencontre les détenus dans des petits parloirs aménagés à cet effet (il y en a 15 pour les avocats, les psy, les assistants sociaux, les bénévoles, etc.), juste à l’extérieur de ce qu’on appelle « le cellulaire ». À la prison de St-Gilles, il y a d’une part un grand couloir avec plusieurs tables pour les services externes. Cela pose un problème de confidentialité, alors nous avons depuis quelques années an obtenu un parloir au sein d’une aile de la prison, où je suis donc plus proche des détenus.

Gardien de prison

 

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FAQ Psy en prison

 

 

 

 

 

 

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